extrait de
"Dan Yack Le plan de l'aiguille"
Blaise Cendrars
Editions Denoël  Paris 1927  actuellement disponible dans la collection Poche Suisse, édition l'Age d'Homme


Mais ce qui bouleversait sa vie de fond en comble et lui donnait une saveur inespérée et lui faisait découvrir des trésors de sensations sous son apparente monotonie, c'était une habitude prise, l'emploi du guesquel.

C'est grâce à une indiscrétion du petit José-Pinto que Dan Yack avait connu l'usage de cet instrument sexuel.
......
Quelle découverte! se disait Dan Yack en pensant aux effets surprenants du guesquel et en écoutant le roucoulement de l'Indienne en extase.

« C'est presque aussi beau que mon disque de l'otarie », ajoutait-il en s'en allant.

Il sortait songeur.

Et comme, par excès de reconnaissance, il ne détachait jamais le guesquel qu'il portait, à chaque pas les coquillages sonnaient comme des grelots : Glinn-glinnglinn-cataca-glinn.


note (de Blaise Cendrars)

Le guesquel est cet instrument dont les Indiens patagons se servent pour faire jouir leurs femmes.

Il se compose d'une petite couronne de touffes de crins de mulet, soigneusement montée sur une mince ficelle tricolore. L'homme s'attache cette ficelle derrière le gland, et durant le coït introduit l'instrument, les brosses en avant, dans le vagin de la femme. Ces crins sont raides et longs d'un bon doigt, leur effet est si violent que la femme hurle, pleure, grince des dents, mord, éclate de rire, sanglote, s'agite, écume, bave, fait des soubresauts, se tortille (c'est pourquoi les Patagons appellent les femmes blanches qui n'ont pas besoin du guesquel pour prendre une part aussi active à l'amour, mais se tortillent naturellement, ce dont ils raffolent, des corcoveadores); l'orgasme est si puissant, qu'après la détumescence, la femme reste épuisée, râlante, rassasiée, satisfaite, comblée, étourdie de bonheur, bête à pleurer, n'en pouvant plus. On prétend qu'une fois qu'elles y ont goûté, les Indiennes ne peuvent plus s'en passer, même dans le mariage, et qu'un bon guesquel vaut de trois à six chevaux, selon le travail, le soin avec lequel il a été monté, l'abondance des brosses, la qualité des crins et les dessins, bleus, blancs, rouges, de la ficelle, certains se terminent par des petits paquets de coquillages qui tintinnabulent entre les testicules, durant le coït, ce qui, dit-on, stimule l'homme. Les plus recherchés sont ceux fabriqués avec les crins d'une mule blanche parce qu'on leur attribue de grandes vertus prophylactiques.

Les Patagons font grand mystère de cet instrument et il est interdit aux femmes d'en prononcer le nom sous peine d'être répudiées, voire même chassées de leur tribu.